
Pourquoi le corps considère-t-il certains aliments comme sûrs et d’autres comme dangereux ? Cette équipe du Salk Institute (San Diego) et de Stanford, identifie 3 protéines que le corps utilise pour déterminer les aliments « sûrs ». Ces travaux, publiés dans la revue Science Immunology, contribuent à faire avancer la compréhension de la tolérance alimentaire et des allergies.
6 % des jeunes enfants et 3 à 4 % des adultes souffrent d’allergies alimentaires.
De précédentes études ont permis d’identifier des protéines spécifiques présentes dans les principaux allergènes, comme l’arachide et l’œuf, qui provoquent des réactions immunitaires indésirables. Ces protéines sont reconnues par des anticorps, qui activent ensuite deux types de cellules inflammatoires à action rapide du système immunitaire : les mastocytes et les basophiles.
L’auteur principal, Jamie Blum, Chercheur au Salk, rappelle que lors de chaque repas ou chaque collation, notre corps accomplit un miracle biologique, en tolérant et digérant les aliments et leurs nutriments sans effet indésirable pour la santé : « « En tant que chercheuse en sciences fondamentales, je trouve essentiel de comprendre le fonctionnement normal du système immunitaire, en plus des pathologies. Comprendre comment le système immunitaire peut reconnaître une protéine comme sûre pourra mener à de nouvelles thérapies permettant d’induire une tolérance chez les patients allergiques ».
Ce processus de » reconnaissance » est permis par
la tolérance orale.
Cependant, dans certains cas, le corps humain rejette certains aliments, et développe une allergie alimentaire.
L’étude identifie de nouveaux fragments de protéines alimentaires qui indiquent aux cellules immunitaires intestinales quand tolérer certains aliments. Précisément,
3 de ces segments protéiques, appelés épitopes sont identifiés :
- un dans le soja,
- un dans le maïs,
- un dans le blé.
Ces épitopes interagissent avec des cellules immunitaires spécialisées, les lymphocytes T régulateurs, pour déterminer la tolérance ou le rejet. Si de précédentes recherches avaient révélé leur rôle anti-inflammatoire et immunosuppresseur général, les protéines responsables de cette absence de réaction restaient inconnues.
L’analyse des lymphocytes T régulateurs de souris soumises à un régime alimentaire normal a permis aux chercheurs d’identifier les protéines auxquelles ces lymphocytes se fixaient, d’associer ces sites de liaison à des parties spécifiques des aliments :
3 protéines et plus précisément, de petits fragments spécifiques de ces protéines appelés épitopes – sont reconnues par les lymphocytes T régulateurs ;
- ces épitopes sont présents dans 3 protéines alimentaires différentes : une de maïs, une de blé et une de soja ;
- ces 3 épitopes proviennent ainsi de protéines de graines, ce qui suggère que ces protéines végétales très abondantes sont fréquemment reconnues par les mécanismes de tolérance du système immunitaire ;
- les lymphocytes T les plus abondants sont ceux réactifs à l’épitope du maïs, ce qui est logique étant donné que le maïs n’est pas une cause fréquente d’allergie. Le soja, en revanche, est l’une des principales causes d’allergie chez l’humain ; l’identification d’un épitope de soja est donc particulièrement intéressante. Le récepteur qui interagit avec l’épitope de soja identifié interagit également avec le sésame, ce qui contribue à expliquer la tolérance croisée, c’est-à-dire le fait qu’une tolérance à un aliment induise une tolérance à un autre.
Préciser le rôle des lymphocytes T régulateurs, constitue la 2è étape de cette recherche : où se situent ces lymphocytes T régulateurs ? Et comment fonctionnent-ils dans un environnement inflammatoire par rapport à un environnement sain ? Sur des souris modèles et des lignées cellulaires, les chercheurs montrent que :
- les lymphocytes T régulateurs sont principalement localisés dans l’intestin et que leur activité varie selon que l’environnement soit inflammatoire ou sain.
Quelles implications pour lutter contre l’allergie alimentaire ? L’identification de ces épitopes constitue une avancée majeure dans la compréhension de la tolérance orale. Les scientifiques envisagent déjà
- les lymphocytes T régulateurs comme une voie d’immunothérapie prometteuse contre ces allergies.
Il sera peut-être un jour possible de créer des lymphocytes T régulateurs préprogrammés pour tolérer certains aliments et atténuer les réponses immunitaires aux allergènes courants.
Il s’agit maintenant de valider cette « cartographie » des protéines chez l’Homme.
Source: Science Immunology 6 March, 2026 DOI:10.1126/sciimmunol.aeb4684 Identification and characterization of dietary antigens in oral tolerance
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